« C’est vrai ! (rires) Peu après avoir terminé mes études en 2013, je me suis lancée à mi-temps comme illustratrice, tout en enchaînant différents jobs à côté de mes premières missions. Quand le tout premier Juttu a ouvert à Anvers, j’ai tout de suite été intriguée. Il y avait tellement de choses à découvrir : de la mode, des accessoires, de la déco, des cadeaux, des livres… À l’époque, le concept était vraiment nouveau et rafraîchissant, alors j’ai postulé sans hésiter. Il y a quelques années, quelqu’un m’a envoyé un message après avoir acheté mon livre chez Juttu Anvers. Au moment de passer en caisse, la vendeuse lui avait apparemment raconté, toute fière, que j’y avais travaillé. J’ai trouvé ça trop mignon ! En tout cas, j’ai adoré y travailler. Même si, avec toutes ces belles choses autour de moi, la tentation était grande… Petit détail sympa : j’y avais acheté un plaid à l’époque et il est toujours sur mon canapé aujourd’hui. »
« J’ai travaillé dans le tout premier magasin Juttu, alors forcément, ce projet avait une saveur particulière. »
« Je décrirais la scène comme “a day in the life”. C’est samedi : tu te réveilles tranquillement, tu enfiles une jolie tenue, tu prends un bon petit-déjeuner, puis tu pars te balader avec le chien. Il y a pas mal de détails doux et féminins. Et, sans vraiment m’en rendre compte, une petite obsession du moment s’est aussi glissée dans le dessin : je suis enceinte de quatre mois de notre premier enfant. Je n’ai jamais été très petit-déjeuner, mais aujourd’hui, j’en suis devenue la plus grande fan ! »
« Techniquement, c’est surtout la réalisation qui va être un petit défi, parce que l’illustration sera peinte sur un pilier. Il faut donc que l’histoire se déroule naturellement quand on en fait le tour. Pour les derniers détails devant le public, par contre, je suis plutôt à l’aise. Il fut un temps où ça m’aurait vraiment impressionnée. Aujourd’hui, je sais que 99 % des gens ne remarqueront même pas la petite erreur qui, moi, me saute aux yeux. »
« Je n’avais pas l’impression que qui que ce soit attendait mes dessins. Le nom Niet Nu Laura est né de cette peur de l’échec, il y a treize ans. »
« À la base, c’était une blague. Je dessine des cartoons et des BD depuis que je suis toute petite. J’ai continué pendant mes études, mais toujours pour moi, jamais dans le cadre d’un projet. Je n’avais pas vraiment l’impression que mes dessins intéressaient quelqu’un et j’avais très peur d’échouer. J’ai donc créé un blog, comme une sorte de journal intime en images, que j’ai baptisé Niet Nu Laura, autrement dit “Pas maintenant, Laura”. »
« Pendant mon année de master, j’étais complètement dans le flou. Au printemps, je ne savais toujours pas quel sujet choisir pour mon projet de fin d’études. L’un de mes professeurs était tombé sur mon blog et m’a encouragée à creuser cette piste. J’ai finalement créé une BD de quarante pages. Et c’est précisément ce travail qui a attiré l’attention d’un responsable de l’image du magazine jeunesse Maks lors de l’exposition de fin de master. Le mail qu’il m’a envoyé est peut-être l’un des plus beaux que j’aie reçus de ma vie : il me proposait de réaliser une BD pour le magazine. Cette première mission en a entraîné toute une série d’autres pour Maks. Et c’est comme ça que ma carrière professionnelle a commencé. »
« Ce qui compte avant tout dans mes cartoons et mes BD, c’est que les gens puissent s’y reconnaître. Dans les ateliers et les conférences que j’anime, je parle souvent du dessin parfait. Parce que, justement, je n’y crois pas. Pour faire un cartoon ou une BD qui fonctionne, savoir dessiner à la perfection compte moins que l’histoire qu’on veut raconter. Je pose mon regard personnel sur le quotidien, mais je pars toujours de situations dans lesquelles chacun peut se reconnaître. J’ai un jour publié un livre intitulé Monumentaal Middelmatig, qu’on pourrait traduire par “Médiocrement monumental”. Je trouve que ça résume encore très bien mon travail : je donne de l’importance aux petites choses du quotidien. »
« Mon cartoon le plus controversé de l’année parlait… de crème solaire. Je ne m’y attendais absolument pas, mais pas mal d’hommes se sont énervés ! »
« C’est toujours un peu la surprise, parce qu’on ne peut jamais vraiment prévoir ce qui va faire réagir. Forcément, l’actualité et les sujets qui me touchent finissent aussi par se glisser dans mes dessins. Cette année, j’ai par exemple beaucoup parlé d’intelligence artificielle et de son impact sur les métiers créatifs. Mais aussi de ce que cela signifie d’être une femme : le sentiment d’insécurité qu’on peut parfois ressentir, le fait que nous assumions encore la plus grande part de la charge domestique ou, tout simplement, que les femmes ne sont pas toujours traitées de manière équitable. Ce sont des sujets sensibles qui provoquent forcément beaucoup de réactions. Souvent positives, même si les discussions peuvent parfois être animées. Tu n’es pas d’accord avec moi ? Aucun problème, on peut très bien en discuter. En général, les échanges restent respectueux. Les commentaires vraiment agressifs sont assez rares. Et quand il y en a, je les supprime : je ne vois aucun intérêt à laisser de la haine en ligne. »
« Aussi incroyable que ça puisse paraître, le plus controversé parlait de crème solaire ! Je ne l’avais vraiment pas vu venir. Dans le dessin, mon copain utilise beaucoup trop généreusement ma crème solaire hors de prix et j’essaie de le freiner. C’est inspiré d’une histoire vraie, d’ailleurs : il a toujours la main très généreuse avec la crème solaire. Ce qui est drôle, c’est qu’il y a certains cartoons dans lesquels les hommes se sentent visés, mais celui-ci les a vraiment énervés ! J’ai notamment reçu des commentaires disant que nous, les femmes, étions beaucoup trop matérialistes. Je ne m’attendais absolument pas à ça. Mon copain, lui, a trouvé ça très drôle. »
« Certainement pas ! Je note sans arrêt des idées dans mon téléphone. Parfois, l’une d’elles devient un vrai cartoon dans la semaine. D’autres restent dans un coin de ma tête pendant des mois. Et quand ça ne vient pas tout de suite, je pars marcher. Ça marche à tous les coups. Ma grossesse, puis bientôt la parentalité, vont évidemment aussi devenir des sujets importants. On a attendu quatre mois avant d’annoncer la nouvelle et, entre-temps, j’ai déjà accumulé énormément d’idées que j’avais très envie de pouvoir enfin utiliser. Maintenant que le secret est levé, je vais pouvoir me lâcher sur mes réseaux ! »
Envie de découvrir l’illustration de Laura ? Passe nous voir le 21/10 pour l’ouverture de Juttu Wijnegem et regarde-la apporter en direct la touche finale à sa création. Et ce n’est pas tout : tu repartiras aussi avec un sac exclusif illustré par Niet Nu Laura, dans la limite des stocks disponibles.
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