Interview avec Griet Depoorter de Wolvis

Parce que bientôt il vaudra mieux avoir chaud dans la forêt, une conversation avec Griet Depoorter. 

Qui ?

Griet Depoorter

Âge : 35

Origine : Ingooigem (Flandre-Occidentale) 

• Lieu de résidence : Gand

Expérience : a fait des études d’ingénieur-architecte et travaillait jusqu'il y a deux ans comme architecte dans le bureau de son conjoint, Tim Peeters Architecten. A suivi en cours du soir une formation de mode réputée à Saint-Nicolas. 

Maman de Marius (2) et Anemone (6 mois)

Job : fondatrice et PDG de Wolvis

Quoi ?

WOLVIS

Depuis : 2013

C'est quoi : marque de tricot belge

Connue pour : ses écharpes phares et ses bonnets assortis

Fabriqué avec : laine durable (un mélange de mérinos, d'alpaga et de cachemire)

100% made in Belgium, tricoté dans une usine familiale à Waregem

Style : poétique et architectural, intemporel, mais avec des structures et des combinaisons de couleurs originales

Chez Juttu : écharpes en vert, vert foncé, ocre et bleu roi, bonnets en vert, vert foncé, bordeaux et ocre. En édition limitée !

Devise : « Poetry in every stitch. » Chaque collection, chaque pièce, raconte une histoire et respire une ambiance particulière.

Je préfère travailler à m'améliorer qu'à me développer. C'est aussi une façon de grandir.

Si ça chatouille…

« Pendant que les autres enfants jouaient au Lego ou à Barbie, je tricotais des écharpes pour mes poupées. C'est ma grand-mère qui m'a appris les ficelles du métier et jusqu'à mes 18 ans, tricoter était un exutoire créatif et une pure détente. Pendant mes études, il me restait peu de temps libre, pourtant ça a toujours continué à me chatouiller…

Il y a quelques années, j'ai suivi une formation de mode en cours du soir. Ce n'était jamais mon style de feuilleter Vogue tous les mois, les tendances ne m'intéressaient pas. Mais créer une mini-collection à partir d'une idée forte, c’est un défi que je voulais relever. En troisième année, j'ai opté pour le tricot et ma passion s'est tout de suite ranimée. On m'a offert une machine à coudre et je m'y suis mise aussi en dehors des heures de cours, pour moi-même, pour ma sœur, mes copines… 

Un jour, j'ai reçu un message sur Facebook de quelqu'un qui avait vu l'une de mes écharpes sur une amie commune et me demandait si je voulais fabriquer des écharpes pour les vendre dans sa boutique. Je me suis tout de suite mise à tricoter comme une dingue. » (rit)

100 % belge

« Je me suis vite heurtée à des limites : tricoter une écharpe prend du temps et est un travail monotone. Si je voulais obtenir un tirage minimum, je devais sous-traiter la production. En fait, Wolvis a grandi de manière très organique. J'ai reçu de plus en plus de commandes et avant de m'en rendre compte j'étais devenue une entreprise…

Je suis fière de dire que je produis en Belgique. Cela signifie un prix un peu plus élevé, mais aussi moins d'émissions de C02, des salaires équitables et des conditions de travail sûres. Produire en Belgique est d'ailleurs pratique. Je peux facilement intervenir, ce qui me fait gagner beaucoup de temps.

Bien que je sois toujours passionnée par l'architecture et que je participe à distance aux projets de Tim Peeters Architecten, il y a deux ans, j'ai délibérément opté pour mon enseigne. »

Mise à rude épreuve

« Pour la collection précédente (présentée en automne 2018 dans l'Espace Pop-up « J'achète belge » chez Juttu, ndlr.), je me suis inspirée des photos d'architecture des années 1970 de Bernd et Hilla Becher ; la nouvelle collection FLUX est basée sur des expériences scientifiques. Les champs magnétiques ne sont pas directement visibles, mais on peut les rendre visibles en dispersant de la limaille de fer autour d'un aimant. J'ai imité cet effet en mélangeant deux fils différents. L'un de ces fils contient un minimum d'élasthanne, ce qui fait rétrécir un peu le tissu au lavage. C'est ce qui crée cette structure spécifique, unique.

De temps en temps, un propriétaire de magasin me demande de reproduire une écharpe de la saison précédente, parce qu'elle se vendait si bien. Mais je ne le fais pas, car cela ne me procure aucun plaisir. Chaque saison, je veux me réinventer moi-même et mes écharpes, et à chaque fois titiller mes clients avec quelque chose de nouveau. Pour moi, le processus créatif primera toujours sur l'aspect commercial. »

6 questions rapides

1. D'où vient le nom ?

« C'est un peu tiré par les cheveux, mais mon nom – Griet – est une espèce de poisson, d'où le nom. En plus, Wolvis sonne bien. Les gens ne l'oublient pas vite. » 

 

2. Source d'inspiration ?

« J'ai un mode de pensée architectural et j'aime les formes et les structures. Parfois, je suis inspirée par le relief d'une brique, d'autres fois par les lignes de champ magnétique. Ou encore par la structure de la mousse sur mon cappuccino… » (rit)

 

3. Pièce préférée de la collection ?

« L'écharpe « Lidy ». La première teinte élève l'autre à un niveau supérieur. La combinaison des deux couleurs crée une sorte de vert émeraude qui me fait penser aux coléoptères de Jan Fabre. Magique ! »   

 

4. Projets d'avenir ?

« J'ai très envie de créer un pull oversized assorti aux bonnets et aux écharpes. Et bien que je souhaite évidemment grandir en tant que marque, pour l'instant je préfère travailler à m'améliorer qu'à me développer. »

 

5. Le plus beau compliment  ?

« À Anvers, j'ai vu en une journée trois personnes portant une écharpe Wolvis. Je dois alors vraiment me retenir de ne pas aller leur parler. Je vois cela surtout comme un grand compliment quand l’une de mes créations renforce un look complet. »    

 

6. Notre thème est #intothewoods. À quoi vous fait-il penser ?

« Cette collection compte beaucoup de couleurs chaudes forestières. Les structures dans la nature m'inspirent aussi souvent ; ainsi il y a deux ans j'ai basé ma collection sur la mousse qui pousse entre les pierres. J'aime aussi beaucoup la nature qui se fraie un chemin en ville. Personnellement, le week-end, j'aime m'évader de l'agitation de la ville. J'adore partir en famille en forêt ! ».